Bijou, joujou,… caillou.

Il faut que je me remette à travailler. Des pages et des pages et encore des pages de blabla civilo-juridique.

RVB de base

PROBLEME : 8 jours de no-news / no Dom Juan. Cela me parait une éternité tant je l’ai déjà oublié.

La semaine dernière il insistait pour que je passe à sa soirée. Probablement espérait il que j’insiste pour le détour sous la couette. Probablement n’a t’il pas compris qu’une femme a besoin d’être courtisée pour se déshabiller. Je suis partie, il a claqué sa porte. THE END

Je ne suis pas amoureuse de lui. Il pourrait badiner ou forniquer avec la planète cela ne me ferait ni chaud ni froid. Mon coeur n’est plus bijou ni joujou, il est juste caillou ou… dans les choux.

Une chanson m’ébranle le coeur.

« Humaine »
d’Hélène Ségara
Que jamais on me délivre des liens de mon enfance. Que jamais je n’ouvre le livre où je comprendrais mes souffrances. Que jamais je ne puisse paraitre ce que je ne suis pas. Que je sois telle qu’on m’a faite et non telle qu’on me voit. Que je ne forge pas des armes pour endurcir mon coeur, que je ne m’invente pas de larmes sous l’oeil des projecteurs, que je devienne jamais de glace devant la vie qui saigne que je reste toujours à ma place parmi les gens que j’aime.

 

Peut être la chanson qui me renvoie à la figure toutes mes angoisses. En fait je n’ai pas peur de ne plus être aimée, j’ai peur de ne plus aimer. Peut être mon fantôme a t’il réussi son entreprise, celle de vampiriser mon âme.

Mon fantôme ? Je l’ai rencontré il y a deux ans. Au moment où mon amour de jeunesse me quittait pour les états unis, il débarquait dans ma vie en grand prince. Il m’a fait toute la roue du paon. Mais voilà, alors que je pensais vivre l’histoire de ma vie un jour il me quittait du jour au lendemain. Incapable de couper les ponts avec celui qui était devenu mon gourou j’ai alors tout subi, jusqu’à ce qu’il revienne. 3 mois de désillusion et un départ… définitif.

Voilà la lettre que je rédigeais après cette rupture.

Janvier 2017 – Je suis morte.
Morte de l’intérieur comme un feu qui a trop brulé et qui n’a laissé derrière lui qu’un pauvre tas de cendre sèche. Je suis là, enroulée dans ma couette. Le matin s’est levé depuis un bout de temps mais moi non. Je n’ai pas la force. Je ne veux pas me lever, je ne veux pas projeter d’activités, je ne veux pas décrocher ce foutu téléphone qui vibre trop fort, je ne veux pas manger, ni boire, ni penser. Pourtant, je pense. Là enroulée dans ma couette à l’abri du jour et de la ville, je ne fais que penser. Je ne comprends pas. Je pense à lui. Je me dis que ça y est tout est fini. Un sentiment de malaise m’envahit, puis je pense à la soirée de la veille où j’ai ris. Mais peu importe l’idée fugace qui me traversera, mon esprit reviendra toujours à lui. Je pense à lui sans cesse en me demandant ce qui a pu m’arriver. Ais-je vécu des choses réelles avec lui ?
Le jour où on était attablés chez sa mère et qu’il disait être hyper heureux de servir les femmes de sa vie en nous apportant des jus de fruit, n’était il pas amoureux ?
Le jour où il s’esclaffait que j’allais devoir m’habituer à lui car j’en aurais pour les 40 prochaines années, n’en était il pas convaincu ’?
Morte de l’intérieur comme une feuille de chêne séchée qui attend d’être écrabouillée par la première godasse venue. En fait, j’aimerai tellement être écrabouillée, oui écrabouillée et morte. Simplement, comme ça. Dans mon lit, je ferme les yeux et je meurs. Chercher un moyen pour mourir ferait du mal à mon entourage mais si je mourrais seule soudainement pour des raisons de santé ou de hasard, ils ne m’en voudraient pas et enfin je ne penserai plus à lui. J’attends de mourir mais comme ça ne vient pas, j’en reviens à penser à lui. On ne se parle plus aujourd’hui. Il me disait qu’il aurait aimé que l’on soit amis mais, était ce réel ça aussi ? Il m’a dit tellement de choses et son contraire depuis que je le connais.
Il veut puis il ne veut plus et j’attends puis je suis déçue. Un sentiment qu’il a toujours aimé passionnément attiser en moi. Si je m’énervais c’est que la manœuvre avait marché et il s’en gaussait. Pour multiplier son gain, il saisissait pile l’occasion pour m’ignorer ou fuir. Il savait que le fait de ne pas pouvoir m’exprimer, alors que j’étais contrariée, me rendrait folle et que je finirais par en pleurer. Si je l’appelais désorientée, il ne ratait jamais l’occasion de décrocher pour m’expliquer qu’il passait un bon moment et que j’étais priée de patienter. Ce plaisir non dissimulé de m’expliquer que lui allait très bien quand je m’effondrais à cause de lui me débecte aujourd’hui. Il me fascinait hier.
En fait c’est ça j’étais fascinée. Un peu comme si j’étais seule dans mon polar. Effrayée par la personne que je découvrais au quotidien et fascinée au point de ne pas pouvoir décrocher le regard. Comment ce garçon si beau, si drôle, si sociable et si séduisant pouvait être si machiavélique ?
La rupture s’est passée comme ça. Une nuit, je lui demande vers 3h du matin s’il peut rentrer car je ne me sens pas très bien après une prise de bec. Le type de prise de bec sans fondement qu’il aimait multiplier pour faire ce qu’il avait envie sans rendre de compte. Il m’explique que non car il est en soirée. Il ne rentrera qu’à 6h du matin, avec un groupe de filles… Quand je lui ai confié que son absence d’affect allait poser un sérieux problème, j’ai eu pour seule réponse « Je ne veux pas me vendre mais on a tout pour être heureux ensemble ». Alors que je me couchais songeuse sans un regard ni un baiser, il évoquait une sodomie. Je ne comprenais pas. Etait ce sa manière de vouloir terminer notre relation en beauté ? Je refusais évidemment, il se mettait alors à regretter son ex québécoise indépendante et sportive à haute voix. Peut être était elle sodomite, elle.
Le matin je me lève en espérant qu’il s’en veuille. Il ne s’en ait jamais voulu. Il n’a jamais culpabilisé, il n’a jamais posé le mot erreur sur l’un de ses choix, quel qu’il soit. A t’il conscience d’avoir dépassé les bornes ? Va t’il exprimer une once de regret ? Non, il m’explique que je n’ai pas à l’appeler pour le voir quand je ne vais pas bien. Que si je tiens à parler je peux toujours consulter un psychiatre. Au pied du mur face à tant de mépris pour mes états d’âme, désormais la règle est claire : je suis priée de ne plus me confier à mon homme mais à un psychiatre. Comment pouvait il cumuler un comportement de goujat insensible, une proposition sodomite, une nostalgie pour son ex, une absence totale de remise en question et maintenant une insulte à mon système nerveux dans un laps de temps aussi court et en espérant que je revienne sur la décision de tout plaquer ? Espérait il que je revienne sur cette décision ? Peut être que non. Je quitte l’appartement avec toutes mes affaires et le uber qu’il m’a noblement commandé pour que je déguerpisse.
J’ai quitté l’appartement le samedi. On est mardi. Mardi et je n’ai aucune nouvelle. Dans quel état est t’il ? Peut être que ces quelques jours lui ont rendu la raison, il doit s’en vouloir, probablement. Il m’a dit quand je suis partie qu’il irait dormir sur le canapé de sa mère pour ne pas vivre dans notre souvenir. Tourmentée par son état et l’absence de nouvelles, je lui propose une balade. Je le vois arriver, heureux comme un pinson, il m’explique qu’il vient de déjeuner avec sa grand mère, qu’il a été au concert d’Enrico Macias et qu’il n’a aucun regret car il est désormais sûr et certain que je ne suis pas la femme de sa vie.
Comment était ce possible ? Comment ce garçon que j’ai pu côtoyer et aimer depuis 2 ans pouvait tourner la page en 48h ? Ne m’a t’il pas fait la promesse en octobre de faire sa vie avec moi ? Ne me disait il pas qu’on prendrait un appartement dans un an après mon emménagement chez lui ? N’était-ce pas lui qui pensait il y a encore 3 jours qu’on avait tout pour être heureux ensemble ?
Encore médusée par tant d’indifférence et de sérénité je reste bouche bée. Il me sourit, il attend de voir ma réaction. Je ne suis pas triste. Je suis choquée. Je n’arrive pas à croire ce que je vois, ce que j’entends. Alors il ne regrette pas son comportement, ses mots, ses actes. Il ne se demande pas pourquoi je suis partie si brutalement. Il ne se demande même pas dans quel état je suis, il décroche son téléphone, se plaint de son coloc qui exige qu’il range un peu l’appart et raccroche en prenant rendez vous pour boire un verre à maubert.
Je l’invite à récupérer ses affaires chez moi, il n’a pas le temps. Je l’invite à visiter ce chez moi, il accepte ravi. En fait il a du temps. Il se contredit encore mais quelques phrases ayant séparé les deux propositions, il ne s’en rend pas compte. Peu importe, je tenais à ce qu’il voit que je ne me laissais pas abattre non plus et que je n’avais pas chaumé ces trois derniers jours. Je voulais encore lui plaire, une dernière minute, avant de le voir s’évanouir dans la nature. Je suis tellement heureuse de mon aménagement, je lui montre ravie, il s’installe sans trop regarder et allume une cigarette. Je lui parle alors de ma rentrée à la prépa dont je suis ravie aussi. Mais il baille, m’arrête et me balance sèchement :
Tu es heureuse aujourd’hui mais ce ne sera pas tous les jours comme ça. Tu vas avoir des moments difficiles cette année.
Je ne comprends pas cette intervention. Pense t’il m’apprendre le concept de prépa ? Souhaitait il me faire paniquer pour le plaisir ? Je ne relève pas. En fait j’ai tellement encaissé ce type de phrases mesquines quand j’étais dans sa vie que j’avais pris l’habitude de changer automatiquement le point névralgique de la conversation. Un peu comme une femme battue qui lèverait l’avant bras après la première claque. On ne sent plus les coups, on lève le bras de manière mécanique. On ne relève plus, on s’oppose plus, on ne se rebelle plus. Et puis aujourd’hui, à quoi bon ? Alors qu’il t’expliquait il y a encore 3 jours que vous aviez tout pour être heureux, il t’explique aujourd’hui qu’il a réalisé l’inverse entre deux sets à la guitare d’Enrico MACIAS.
D’ailleurs ses copains le rappellent, ils s’impatientent. Ils sont déjà au Maubert, et lui ? Il leur répondra qu’il déjeunait avec sa grand mère et qu’il est en chemin. Encore un mensonge. Pourquoi ne pas dire qu’il était avec moi ? Pourquoi ne pas leur dire qu’il m’avait revu et qu’il m’avait simplement annoncé que tout était très clair dans sa tête ? J’étais devenu le mensonge du jour, il ment tellement, il ment si couramment, qu’il ne s’en rend probablement même plus compte. Il m’enlace sans me lâcher plus pendant les vingts prochaines minutes qui vont suivre. Pourquoi me serrer si fort ? Serait il en train de réaliser que je vais lui manquer ? Souhaite t’il me faire vaciller dans l’apparente sérénité que j’affiche ? Souhaite t’il des adieux plus intimes ?
J’opterai pour la dernière solution vu les caresses qu’il tenta furtivement sur mon canapé mais j’étais désormais vaccinée. Amoureuse et perdue il y a un an j’aurais sauté sur l’occasion, mais ce jour là l’image qu’il me renvoyait me confirmait que j’étais partie à raison. J’avais la certitude de voir enfin clair dans son jeu et, même si je n’arrivais pas encore à le détester, je me sentais sur la réserve. Une réserve aseptisée où l’on ne se sent ni triste ni heureux, simplement médusée par un spectacle que l’on a déjà vu. Cette fois nous ne sommes plus dans l’orchestre, nous sommes au balcon n°2, l’image est plus lointaine, les émotions sont moins perceptibles, pourtant on reconnaît le monologue. Le même que celui d’il y a un an.
Je repense à toutes les contradictions de cette histoire nées de sa capacité à s’engager sans s’engager, à promettre sans réaliser, à feindre sans ressentir, à jouer sans tomber le masque. D’ailleurs, pourquoi ne suis-je pas en train de pleurer ? J’ai pleuré quand il m’a quitté il y a un an. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant des mois, j’agonisais vivante en l’imaginant toucher le corps de la québécoise dont il m’avait parlé dès mon retour du ski. Nous étions amis, une amitié dont il définissait seul les contours. Nous pouvions nous confier sur nos vies intimes au téléphone mais il n’était plus question de nous voir. Il avait sa nouvelle conquête, sa nouvelle proie et il n’était pas question de faire fuir celle qui serait désormais la concubine printemps/Eté 2016 alors que moi, périmée depuis 2015, je refusais de perdre définitivement celui que j’aimais. Je voulais mourir et je lui répondais que c’était formidable. Il n’était pas question de geindre. Après tout, je lui avais déjà envoyé des semaines auparavant un mail en lui déclarant mes sentiments et ma volonté de m’améliorer, il s’en était ouvertement moqué en me félicitant pour cette belle lettre de motivation. Que dire maintenant qu’il refaisait sa vie ? Je l’aimais et je préférais encore l’entendre me déballer sa vie intime comme une poubelle devant mon perron que de ne plus l’entendre. J’étais tellement heureuse de l’avoir au téléphone. Je ne réalisais pas encore l’importance que prendrait la québécoise dans sa vie et les litres de larmes qu’il me faudrait ravaler.
Là, emmitouflée dans ma couette, c’est fini pour la seconde fois et je ne pleurs pas. Je n’ai même pas envie de pleurer. Que devrais je pleurer ? Aujourd’hui on pleure un mort que l’on aimait ou un vivant qui fait de l’amour un combat tel un dicaprio dans Titanic ou un Russel Crowe dans Gladiateur. Comment pleurer un homme qui n’a sorti ni armes ni rames ? Suis je sommée de verser des larmes pour un homme que ne connaitrais jamais vraiment ? Un homme qui aura sciemment joué les pianistes sur toute ma gamme émotionnelle et joui sur les aigües ? Un homme qui tient à s’assurer que je lui sois bien fidèle, soumise et dévouée quand lui pense déjà sur quel autre corps de femme va t’il pouvoir s’amuser ? Il n’y a pas de quoi pleurer. Ce n’est ni un proche, ni un ami. Il n’a jamais été question d’amour. Celui que j’aimais n’existait pas et lui ne m’aimait pas. Je réalise l’ampleur de la supercherie et aucune émotion n’arrive à s’exprimer. Aucune bonne raison de pleurer.
Peut être une de se remettre en question. Sauf que je suis fatiguée de me remettre en question. Il ne s’est jamais remis en question lui.

 

Quand on a fréquenté ce type de pervers social, on oscille entre la volonté de leur ressembler pour ne plus jamais être leurs victimes et la volonté de lutter contre l’aigreur et la désillusion pour ne jamais leur ressembler. Ce qui est sûr c’est que je me sens plus légère. Depuis que je me suis montrée désobéissante, il a coupé les ponts. Même si ce n’est pas ce que je voulais dans toute ma dépendance, pour la première fois il m’a rendu vraiment heureuse. J’ai arrêté de réfléchir sur moi même en décidant d’accepter mon imperfection. Mais vais-je encore pouvoir aimer ? C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse.

Je me fiche de tout. De plaire, de déplaire. Je me fiche de Dom Juan. Je me fiche même d’être célibataire. Un détachement qui lui était propre et qui aujourd’hui est mien. Un cynisme qu’il cultivait et qui m’envahit. Suis-je devenu lui ? Non, parce que je m’aime et que je n’écrase personne pour me sentir bien dans mes stan smith. Un jour quelqu’un le verra. Ce jour là mon coeur ressuscitera.