Assomption au cerveau

Mardi 15 août. Assomption de Marie et de lucidité !

Aujourd’hui je me rends chez mon binôme juridique pour faire du juri-révisage de grimoires civils. Mini short en jeans et petit polo, le soleil est au rendez vous et les lunettes de soleil sont au garde à vous !

Une traversée des arrondissements en bus et je quitte le monde de Portalis pour le mien. Chaque coin de ville a une histoire. Je pourrais recouvrir Paris de plaques en inscrivant : ici Juliette a déjeuné avec sa mère, ici Juliette a eu son premier rendez vous, ici Juliette a passé une soirée étudiante. Ca n’intéresserait personne, sauf moi et trois chinois (pour une photo selfie-stick) mais surtout il y en aurait tellement qu’on ne saurait même plus si l’immeuble est haussmannien ou art-déco.

Dans ces moments là, on a nos mélodies préférées dans les tympans, le regard perdu et on repense à sa vie. Je repense à ce qui fait que je suis là dans le 5e arrondissement. Je repense à ce jour où j’ai plaqué appartement et indépendance rive droite pour emménager dans le 5e, chez mon fantôme. Celui qui était l’homme de mes rêves (mais version sans état d’âme).

 

À ce propos !

 

La semaine dernière je suis tombée sur les réseaux sociaux sur une photo de lui et de sa concubine Printemps été 2017 à Milan. Celui qui avait toujours été mien dans le monde de l’image (en tout cas mes images cognitives perso) se trouvait là, totalement agglutiné à cette totale inconnue. Surprenant, mais pas le scoop de l’année. J’avais déjà mené mon enquête post-rupture et je savais déjà qu’il fréquentait cette ex-collègue de boulot. Le jour où je l’avais appris je n’étais plus qu’un foetus atteint d’appendicite aigüe sur le parquet. Là des mois plus tard, je suis juste devant le fait accompli. Cette absence d’émotion devant le spectacle m’inspire l’espièglerie : je commente la photo du couple en les félicitant. Ils avaient assassiné mon coeur en choisissant d’unir les leurs, il était temps que je tire avantage des faiseurs de malheur. Je m’octroyais une minute de plaisir en visualisant (toujours dans mes images cognitives perso) leur surprise devant l’incongruité.

J’eu le droit DANS LA MINUTE à une alerte célibat de mon héritière :

 

« Ça fait 6 mois que vous n’êtes plus ensemble »

 

Merci,
je n’ai pas su le garder donc tu en déduis que je ne sais même pas compter avec les dix doigts qu’il me reste.

 

Je m’excuse pour calmer les ardeurs de l’heureuse élue et ne plus partager le champ de bataille de celui qui n’était plus mon combat. Quelques politesses plus tard, dossier classé.

Si elle savait. Si elle savait à quel point je ne désire pas ce qu’elle voit peut être encore comme un trophée. Son donneur de leçon dénué de sensibilité humaine, je le lui laisse avec un énorme ruban rose fushia sur le crâne chevelu.

Oui, j’ai souffert. Oui, je lui ai adressé des missives terrifiantes de désespoir quand il n’était déjà plus question de se revoir. Mais en fait rien de tout ça ne lui était adressé.

 

ASSOMPTION AU CERVEAU

 

Elles étaient pour celui que je m’étais imaginé !

 

C’est fou, cette façon de mélanger torpeur et passion. On est jeunes et on confond tout. La moindre larme est un sentiment naissant, la moindre nuit blanche est un destin à défendre et la moindre déception sentimentale devient une condamnation de veuvage à perpétuité. On rencontre une personne et si on a le malheur d’être déçu, comme si nous n’avions pas pu nous tromper on remet tout en question. Pourquoi ais-je fais ça ? Pourquoi ais-je dis ça ? Peut être que si j’avais été comme ça, il/elle aurait pu faire ça. Persuadés d’avoir à se battre pour faire d’une personne ce que nous aurions aimé qu’elle soit le premier jour, on ne se rend même pas compte que l’on se bat pour une personne que nous n’aurions jamais aimé un jour.

En couple ?

J’ai eu le droit à une personnalité ennuyeuse avec des blagues en replay. Un être faible qui ment et qui fuit parce qu’il ne sait pas s’affirmer dans une société dont il tente de mimer les codes. Son manque de personnalité et de courage me rendait malade mais je me battais pour qu’il corresponde à ce que j’avais pu imaginer le jour où je l’ai rencontré. Comme si je pouvais y faire quelque chose.

Les fois où il m’a manqué après la séparation ?

Ce sont ces fois où j’avais fait de son souvenir un fantasme. Le fantasme de le voir devenir à mes dépens (à défaut d’à mes cotés) celui que je m’étais imaginé : cet être beau, impulsif et violent épris de sentiments contradictoires mais exclusifs. Un homme audacieux qui me laisserait stupéfaite en ayant une confiance en lui et en notre couple inébranlable. Cet homme qui se réveillerait après mon départ, accourrait me plaquer contre un mur et m’annoncerait que le jeu est terminé : « tu feras ta vie avec moi que tu le veuilles ou non parce que je t’aime ». En fait, son attitude à distance a juste mis en lumière le même garçon égal à lui même que je fréquentais. Faiblard, froid et conventionnel avec des méthodes de séduction rodées appliquées mathématiquement à toutes dans les mêmes délais : expo, Ciel de Paris, vacances.

 

Comment ais je pu confondre amour et espoir d’amour ? Combien sommes nous à confondre ?

 

En fait, j’imagine que la réponse est là. Tant que l’on espère l’amour on le voit à toutes les portes et chez n’importe qui. On s’épuise auprès de personnes qui ne nous apportent rien de positif. Désormais je ne me projette même plus avec un homme, je rêve juste d’un cabriolet rouge vif dans lequel je pourrais chanter à tue tête en faisant fit du regard des passants et de celui de son gros paquet à ruban fushia !

Je suis arrivée. Un arrondissement de la rive droite qui me tend les bras pour une journée chargée.