Breakfast & Terrorisme

« Tu te maquilles trop » « Tu n’as aucune éducation » « Tu n’as aucune expérience en couple » « Je n’ai plus de plaisir à te voir » « Aucun de mes amis ne t’apprécie et s’ils te disent l’inverse c’est pour moi »

 

Le résumé des invectives d’un petit ami sympa à l’une de mes amies (trop) sympa. Quand elle arrive déboussolée à la maison en me faisant écouter l’enregistrement volé de sa dernière dispute, mon coeur se serre. Comment peut on dire des choses pareilles à la femme qui partage sa vie ?

Devant ce mépris plus concentré qu’une mauvaise sauce en boite, elle lui propose de se quitter. Quelle autre option ? C’est tellement typique du garçon qui souhaite provoquer la rupture. Pourtant il semble surpris. Il n’avait pas l’air de l’avoir envisagé.

 

« Si c’est que tu veux »

 

Éprise, elle lui répond que non. Ce n’est pas ce qu’elle veut. Mais il ne s’intéresse plus à ce qu’elle veut et élude la réponse. Peut être est ce qu’il veut. Je tente de lui expliquer qu’elle ne peut pas lui en vouloir. Parfois on n’aime plus, malheureusement la vie est assez mal faite pour que ce soit toujours le sentiment d’un seul qui s’éteigne. Mais la suite va être plus compromettante

Il ne compte pas quitter l’appartement qu’il a investi alors même que c’est le sien. Je ne comprends pas. Comment peut on exprimer tant d’irritation sans désirer physiquement la séparation ?

Elle m’explique qu’il est sans-abri phobique du fait d’avoir été jeté à la rue par sa dernière conquête. Du coup elle ne s’autorise pas à lui demander de partir, elle ne veut pas se rendre coupable d’un désarroi qu’il a déjà connu.

Je réalise le jeu du garçon.

Il s’est victimisé au point d’anesthésier toute réaction à ses agressions. La culpabilité, le sentiment qu’entretiennent tous les manipulateurs. Victimes perpétuelles d’un monde qui ne leur veut jamais du bien quand eux sont blanche colombe. Rien n’est de leur faute et ils affirment sans once de remise en question que personne ne peut atteindre leur perfection.

Je vivais la même expérience il y a encore 9 mois. Je repense aux lettres que je m’écrivais après la séparation pour en trouver la raison.

 

Mai 2017

 

C’est son anniversaire et j’ai une pensée pour lui. On sera monté dans ce carrousel de bonheur en 2015.  Je me souviens du soleil que j’étais il y a 2 ans. Je rayonnais de joie quand j’entendais son nom, quand son numéro s’affichait et quand nos regards se croisaient. Je tombais des nues devant toutes ses attentions. Il était jusque boutiste et ne comptait pas ses démonstrations. Enfin quelqu’un qui était comme moi, entier et passionné. Je me suis laissée aller à corps perdu dans cette relation persuadée avoir rencontré l’homme de ma vie. Je pensais toucher du doigt ce que l’on appelait : le grand amour.

 

Mais patatra. Cette fusion ne dépassera jamais le fruit de mon imagination. Alors que j’étais prête à tout donner, il sortait et je n’étais plus invitée. « Bombasse » un jour & « bolossita »  les prochains jours avec un grand sourire et un accent espagnol. Consciente de mes imperfections mais inconsciente des siennes, j’explosais de rire. Je ne voyais pas que tous ses compliments avaient laissé place à toute sa critique. La fille exceptionnelle n’était plus. Plus à sa hauteur, plus à celle de mes proches ni même à celles de mes ambitions professionnelles. Je n’étais même plus à la hauteur de l’ex qu’il méprisait lorsque je l’avais rencontré. Eperdument éprise de celui que je pensais avoir connu, je culpabilisais et me sur-investissais. Même ça, il finira par me le reprocher. »

 

Il n’y avait rien à faire et je ne le savais pas. Je ne savais même pas que des personnes pouvaient prendre plaisir à se rehausser en rabaissant.

Son histoire est tellement similaire à la mienne. Ce garçon qui avait déboulé en grand prince en lui jouant la sérénade de la femme idéale avant de lui demander de réciter tous les soirs le poème de ses 100 défauts. Ce qui est terrible c’est qu’elle connait mon histoire et qu’elle n’est pas prête à entendre ce que je pense de la sienne. Elle ne m’avoue qu’à demi-mots ses déboires alors que je la vois depuis longtemps broyer du noir. C’est difficile d’accepter d’avoir été abusée par une personne que l’on aime.

Elle justifie son comportement par tout ce qu’elle pense avoir pu mal faire dans cette relation et je comprends qu’elle ne réalise pas l’ampleur de l’agression. J’essaie de la mettre devant le fait accompli.

 

– Accepterais tu de recevoir une claque ?

 

Elle me répond avec empressement : Il ne m’a jamais battu. Je n’accepterais jamais un coup de sa part.

 

– Il l’a déjà fait. En t’expliquant que personne ne t’aime, ni lui, ni vos proches, il te violente sur le plan moral. Et si une claque ne se justifie jamais, c’est pareil pour des propos d’une telle violence.

 

 

Elle ne répond rien, les larmes lui montent aux yeux. Je la serre fort. Je voudrais tellement lui dire que le garçon des débuts existe et que tout redeviendra comme avant.

Elle m’explique que je ne peux pas le juger sur ce seul enregistrement sans connaitre ces heures où il lui octroie encore un peu de gloire. J’aimerais tellement lui dire que c’est le B.A.BA du « chaud / froid » d’un garçon froid et du « bâton-carotte » de la carotte. Evidemment que nous ne sommes pas des sado-masochistes qui aimons nous faire infiniment maltraiter. Moi aussi ce sont ces quelques instants de répit qui m’ont retenu à lui. Lorsque je ne supportais plus rien je re-devenais une fille bien et lorsque je me sentais bien je n’étais plus rien. Je connais si bien le refrain.

Comment l’aider ?

Ce qui me frappe c’est la voix fatiguée et capitulatrice qu’elle a sur l’enregistrement. J’essaie de repenser à ce que jusqu’ici je tentais d’éluder. Je me souviens que j’avais moi même fini par capituler et que c’était quand j’avais retrouvé un peu d’ardeur auprès de mon cercle d’amis qu’il était parti, en pleine nuit. Punie pour excès d’autonomie.

Sous couvert de rattrapages, je lui propose d’avoir une conversation avec celui qui choisit de l’ignorer tout en refusant de quitter leur foyer.

 

« Jure moi d’avoir une conversation avec lui. Dis lui qu’il a dépassé les bornes et que c’est bien la dernière fois qu’il tient de tels propos s’il ne veut pas se retrouver à la porte. S’il n’a pas d’état d’âme, tu n’en auras pas. »

 

Elle craint sa réaction. Je tente de la rassurer en lui expliquant que c’est le seul moyen de rattraper sa relation.

Je mens.

Je sais qu’en lui conseillant de s’affirmer, son idylle est condamné et que seul son amour propre sera sauvé. Sur l’enregistrement il lui somme de se plier à ses règles sans s’intéresser aux siennes. Il ajoute qu’elle ne voit rien, qu’il a peut être même trouvé l’amour ailleurs et qu’elle n’en sait rien. Elle me dit qu’elle ne le croit pas. Mais pour moi, la question n’est pas là : il tient des propos inadmissibles.

 

Breakfast & terrorisme

Le cocktail du prétendant qui arrive avec un petit dej au lit pour vous faire boire la tasse

 

Reboostée pour les sauver, elle rayonne. Je crains qu’il lui fasse payer, j’espère me tromper. Dans tous les cas, je serais le filet de sécurité qu’elle a elle-même été à mon sujet et je remercie le ciel d’avoir inventé l’amitié.