Bilan béguin

 

Loin du bruit de la ville et du téléphone, je suis là : assise sur cette rambarde en bois devant la forêt de Compiègne. Les arbres sont nus et le sol vêtu de feuilles mortes. Un déshabillé de nature figée qui me transporte dans mes pensées.

Seconde histoire qui se termine en 3 semaines par un silence. La dernière était il y a 6 mois. La seconde aujourd’hui.

Seconde fois que j’entame une relation avec un garçon qui n’est pas pour moi.

Arrêt sur image sur ma nature au coeur de la nature. Est ce que je ne sais plus vers qui me diriger ? Est ce que je ne sais plus comment me comporter ?

La nature avance au fil des quatre saisons et poursuit son cycle. Inlassablement et indépendamment. Comme l’humain a pu porter atteinte à la nature, l’humain a pu porter atteinte à ma nature et pourtant elle continue son cycle. Elle a ses moments de printemps, d’été, d’automne et ses moments d’hiver. Au printemps mon coeur se met à battre, en été il brule, en automne il doute et en hiver il souffre. Là je sors du printemps pour vivre un moment d’automne. Le coeur n’a pas brulé et n’a pas de blessure à panser. C’est le climat tempéré des âmes protégées. Un climat qui ne laisse aucune trace, ni peau dorée ni peau rougie. Un climat qui berce seulement l’âme d’une brise : tantôt tiède, tantôt raide.

Je ne sais pas quoi penser. Quelle est la leçon à tirer ?

Ces deux garçons sont très similaires. Des garçons cartésiens qui affectionnent l’hygiénisme et le pragmatisme. Moi je suis idéaliste et romantique avec toute la complexité et l’imprévisibilité qu’une telle nature commande. Je ne veux que si tu veux, si tu veux trop je ne veux plus et si tu ne veux plus je veux encore.

Pourquoi s’attacher à prendre des décisions en vertu de paramètres aussi volages que les émotions ? Un jour je tombais sur un témoignage où l’auteur sommait de faire ses choix avec amour. Cet article m’avait réchauffé le coeur puisqu’il me confortait dans tout ce que j’étais. Mais pourquoi conseiller de raisonner avec le coeur quand on sait comme il peut changer et se tromper ?

Parce que ce sont les choix que l’on ne regrette pas. Les hommes et les femmes qui agissent en vertu d’intérêts financiers, matériels ou de pouvoir sont amenés à fomenter des stratégies. Des stratégies longues, parfois périlleuses vers des objectifs pérennes puisqu’ils ne sont pas déjoués par l’émotion. Mais des stratégies qui s’avèrent un jour bonnes ou mauvaises le jour où il faut faire face au résultat. Moi je suis mon seul résultat. Tous les jours me conduisent à me confronter à la personne que je suis. De l’euphorie à la peine, je suis toujours moi et le résultat c’est moi.

Un moi qui prend beaucoup de place et qui en effraie plus d’un. Un moi qui parfois a froid et s’échoue sur son émoi. Un moi qui attire le meilleur comme le pire, le compliment comme la satyre.

Une vibration au fond de ma poche, c’est une invitation pour un verre de la part d’un vieux prétendant. Je ne suis pas d’humeur à prendre un nouvel amant et je le repousse par un petit nan. Il insiste : « Tu me plais. Tu es tellement plus dingue et intéressante que les autres« . Alors, c’est ça. La réponse n’est pas sur l’écorce de ces chênes dépouillés mais sur mon écran encore verrouillé : je suis dingue.

Alors que mon grain de folie venait d’apposer le mot « fini » sur aujourd’hui, il apparait qu’il séduit aussi. Pourquoi lui et pas autrui ? Les deux derniers étaient des hommes proprets & soignés… Lui c’est l’inverse. Il ne s’aime pas lui mais aime la vie et détient toute la bonhomie assortie. Une différence de nature qui explique très probablement là en pleine nature tout intérêt ou désintérêt pour ma nature.

 

BILAN BEGUIN
Accepter de perdre une bataille pour quelques canailles revient à accepter de déplaire pour gagner la guerre