Bonne année René

René [nom masculin] : celui à qui je n’ai pas fêté la bonne année.

 

Cette année je ne l’ai souhaité à personne. Je me force à remercier l’hôte d’hier et à répondre à quelques amies mais je n’ouvre pas les messages des autres. Ceux que je connais pas encore. Je reste allongée sur mon lit à faire le tour de mes souvenirs sur des mélodies à l’eau de rose.

Plus de larmes, plus d’émotion. Simplement de l’admiration pour la voix d’une chanteuse qui évoque des instants que j’ai frôlé, un temps.

 

Mais désormais veni vidi vici.

J’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai oublié.

 

Je ressens de la tendresse pour ceux qui ont essayé de m’aimer. Qui un jour m’ont dit ce qu’il fallait pour une aventure partagée. Pourtant, aucun n’aurait assez d’argument pour me convaincre de repartir comme avant. Ils ont tous ce truc en trop qui me réfrigérerait s’ils évoquaient un renouveau.

Même le dernier en date. Il revient de Lorraine ce soir. Si le coup de canif planté dans mon égo me commandait d’espérer un retour du nigaud, l’obsession a laissé place à la raison. Il n’a pas le tempérament requis pour mon grain de folie.

Finalement, cette année j’ai tout pour être heureuse. Mon coeur redevient page blanche au moment même où je signe dans un cabinet prestigieux exclusivement en lien avec ma spécialité.

 

Nouvelle année, pour une nouvelle vie !

Fini la vie d’ermite en révisions ému par un passé de passion. Bienvenue dans la vie de raison : un monde qui organisera mes journées au rythme du réveil, du métro et des tickets restau.

 

Le sentimental laisse place au banal. Fini les montagnes d’émotivité puisque je suis au summum de l’étanchéité. Le lorrain aura été l’échec de trop et je ne suis plus disposée à céder de nouveau. Ou en tout cas à chercher le beau là où ça se termine en trémolos.

Désormais je donne mon numéro au premier venu histoire de flatter ce coeur qui enjambe les déconvenues. Mais je ne réponds plus.

Celui qui voudra vaincre la muraille pour accéder à mes entrailles devra être incisif et vif. Tout vouloir tout de suite et très vite s’il ne veut pas que je mette les voiles sur l’océan du doute. Un doute dans lequel je me réfugie comme dans une moumoute pour éviter la déroute. Un doute qui étouffe l’espoir pour contourner le désespoir. Un doute qui empêche les lents d’obtenir un gain de sentiments puisque j’ai déjà enterré leur souvenir avant de devenir le leur. Un doute qui, à un jour près, laissera place à une disparition [brutale] des ondes.

Moi qui moquais les femmes en quête, désormais je les admire. Elles ont ce que je n’ai plus : le courage. Alors qu’elles s’aventurent d’aventures en aventures, je suis en forfaiture. Plutôt mourir que de préter serment à un nouvel amant qui aurait pris son temps avant de prendre son élan. Rien d’assez troublant ou de sécurisant. Rien d’assez puissant pour réanimer mon coeur fainéant.

 

Loin de l’atmosphère « baiser sous le gui », aujourd’hui je me languis d’une vie bien remplie de salariée accomplie. Au nom du père volage, du fils indécis et du saint esprit.